Depuis 35 ans, la date de célébration du Beaujolais nouveau est fixée au 3ème jeudi du mois de novembre. Cette année, la sortie est prévue le jeudi 19 novembre 2020, jour de la Saint Edmond.

Pour la forme, et même si ça change tous les ans, on a vérifié : aucun lien entre Saint Edmond (pauvre martyr des Vikings) et le vin. Bref ce n’est pas par-là que nous trouverons le fond. Quant à le toucher… Justement, reprenons !

Si depuis 1985 on célèbre le Beaujolais nouveau à cette date anniversaire, il n’en fut pas toujours ainsi.

Beaujolais nouveau 19-nov-2020
La date de sortie du Beaujolais nouveau : toute une histoire !

L’appellation « Beaujolais nouveau » naît en 1951. Le 13 novembre pour être précis.

Pourquoi ? Parce qu’un arrêté paru le 8 septembre (de la même année) avait décidé que les vins d’appellation d’origine ne pourraient être vendus qu’à partir du 15 décembre.

Excusez du peu, nous ne sommes pas allés chercher les raisons d’une telle décision. Mais parlez-en lors de votre prochain séjour viticole, au doyen du domaine qui vous fera déguster ses vins, c’est certain, il s’en souvient ! En attendant, on vous a retranscrit l’arrêté en bas d’article. *

Cette décision ne plaît pas aux viticulteurs. Leurs syndicats protestent, pestent et contestent jusqu’à obtenir un « aménagement » de l’arrêté, par une note, connue sous le nom de « Note du 13 novembre 1951 ».

Elle précise « dans quelles conditions certains vins peuvent être commercialisés sans attendre le déblocage du 15 décembre ». Ainsi se créée l’appellation « Beaujolais nouveau » !

La date de sortie du vin primeur change alors souvent jusqu’à être fixée au 15 novembre en 1967. Mais, nouveau mécontentement des viticulteurs : cette date fixe est effectivement trop proche du 11 novembre (jour férié) et tombe trop souvent un week-end. En 1985, viticulteurs, consommateurs, législateurs tombent tous d’accord sur cette récurrence : « Le Beaujolais nouveau sortira et sera célébré tous les 3e jeudis du mois de novembre. »

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Mais c’est quoi en fait le Beaujolais nouveau ?

Le Beaujolais nouveau, est un vin primeur produit dans le vignoble du Beaujolais.

« Primeur » signifie que le vin est mis en vente presque immédiatement après la récolte. On parle aussi de « vin nouveau » ou de « vin jeune ». Il est produit généralement deux mois après les vendanges, dès que la fermentation a eu lieu, par macération carbonique ou alors macération traditionnelle selon les maisons. C’est donc l’inverse d’un vin de garde. Et prenez garde justement à ne pas étiqueter ce « nouveau » à tous les Beaujolais. Ce serait une hérésie ! Alors, pour vous éviter le bucher (aux ceps de vignes) voici quelques informations faciles à retenir :

Il y a 12 appellations en Beaujolais dont 10 crus.
Le Beaujolais et le Beaujolais-Villages sont des AOC.
Les 10 crus sont : le Juliénas, le Saint Amour, le Chénas, le Moulin-à-Vent, le Fleurie, le Chiroubles, le Morgon, le Régnié, le Côte de Brouilly et le Brouilly. (On a gardé les meilleurs pour la fin !)

Les viticulteurs qui fabriquent ces crus travaillent justement sur la notion de « lieux-dits » afin de faire passer leurs vins en 1er cru. Cette démarche, à faire auprès de l’INAO, réclame des années de travail, de dégustation, d’étude afin de définir, parcelle par parcelle les caractéristiques des lieux-dits. De plus, l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) impose aux 10 crus d’avancer simultanément sur cette notion de « lieux-dits ». Travail de Titans, mais rien n’effraie les passionnés ! Vous comprenez à présent pourquoi il ne faut pas confondre le Beaujolais nouveau et ses grands frères les Beaujolais d’exception !

Verre de Beaujolais nouveauX

Tous les viticulteurs du Beaujolais font-ils du Beaujolais nouveau ?

Oui et non, c’est selon leurs choix.

En Terre des Brouilly certains viticulteurs produisent du Beaujolais nouveau en plus de leurs crus de Brouilly et Côte de Brouilly.

Quoiqu’il en soit, le Beaujolais nouveau, petit vin de comptoir, autrefois réservé à une clientèle de proximité, exporte aujourd’hui la moitié de sa production à l’étranger. Il y véhicule les accents d’une certaine tradition française faite de gastronomie, de convivialité et de fête joyeuse. Chaque année, tous les 3e jeudis du mois de novembre, son nez fruité et sa bouche gouleyante donnent l’occasion à des milliers d’amateurs de faire des milliers de commentaires.

Alors, cette année, banane, mûre, bonbon acidulé… ?!

Pour nous rencontrer et venir déguster du vin dans le Beaujolais : https://terredesbrouilly.com/domaines/

Pour acheter les vins des AOP Brouilly et Côte de Brouilly : https://www.espace-des-brouilly.com


L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Sources affiches : Inter Beaujolais

 

* Nous avons retrouvé l’arrêté, le voici restitué. L’article 2 nous concerne.

Commercialisation des vins de la récolte 1951.

Le ministre de l’agriculture, le ministre des finances et des affaires économiques, le ministre du budget et le secrétaire d’État aux finances et aux affaires économiques,

Vu l’article 3 de la loi du 13 août 1942 relative au ravitaillement en vin de la métropole, modifiée par la loi du 31 août 1943, validée par l’ordonnance n° 45-1007 du 21 mai 1945 ;

Vu l’avis émis par la commission consultative de la viticulture,

Arrêtent :

Art. 1er. — Les viticulteurs de la métropole ne sont autorisés à faire sortir de leurs chais les vins de la récolte 1951 qu’à dater du 1er octobre 1951. Ils sont autorisés à faire sortir, à partir de cette date, 10 p. 100 de leur production de vin de consommation courante de ladite récolte avec minimum de 50 hl par exploitation et de 5 hl à l’hectare.

Art. 2. — Les producteurs ne sont autorisés à faire sortir de leur(s)** chais, les vins de la récolte 1951, bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée ou de l’appellation régionale vins d’Alsace, qu’à dater du 15 décembre 1951.

Art. 3. — Les producteurs de la métropole ne sont autorisés à faire sortir de leurs chais les vins de la récolte 1951 pouvant être vendus avec la dénomination « Vins délimités de qualité supérieure » qu’à dater du 15 décembre 1951. Ils sont autorisés à faire sortir de leurs chais, à partir de cette date, 50 p. 100 de leur production desdits vins, avec minimum de 50 hl par exploitation, et de 5 hl à l’hectare.

Ari. 4. — Les quantités de vins que les viticulteurs sont autorisés à faire sortir de leurs chais en application des articles 1er, 2 et 3 du présent arrêté, sont déterminées d’après les résultats accusés par les déclarations de récolte.

Art. 5. — Dans le cas où l’approvisionnement du marché nécessitera la libération d’une nouvelle tranche de la récolte 1951 avant que soient connus les résultats des déclarations de récolte, le Gouvernement en fixerait les modalités de quantité et de prix après avis de la commission de coordination des questions viticoles.

Art. 6. — Le ministre de l’agriculture, le ministre des finances et des affaires économiques, le ministre du budget et le secrétaire d’État aux finances et aux affaires économiques sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait à Paris, le 8 septembre 1951.

Le ministre des finances et des affaires économiques par intérim,
R.
PLEVEN.

Le ministre du budget,
PIERRE COURANT.

Le secrétaire d’État aux finances et aux affaires économiques,
ÉMILE HUGHES.

** On a corrigé une faute dans un arrêté !